Le mercredi 18 mai devait être une journée comme les autres : me lever et aller au travail. Mais ce jour-là, un courriel est venu bouleverser ma routine. J’apprenais que ma candidature pour participer à la toute première cohorte du Centre Régional de Leadership (CRL) YALI Dakar avait été retenue.
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cette annonce ne m’a pas immédiatement rempli de joie. Elle a plutôt suscité le doute. Malgré mes années passées loin de mon pays et mes nombreux voyages, l’idée de partir cinq semaines me faisait peur : laisser mon travail, mes élèves à l’approche des examens et surtout m’éloigner de celle qui occupait une place toute particulière dans mon quotidien.
Après mûre réflexion, j’ai finalement choisi de saisir cette opportunité unique et de répondre présent à cet appel, sans savoir qu’il allait profondément transformer ma vie personnelle et professionnelle.
Le 28 mai, jour du départ à l’Aéroport international Diori Hamani, j’ai fait la connaissance des quatre autres jeunes Nigériens qui, comme moi, avaient répondu à l’appel de notre chère Afrique. Cinq jeunes leaders engagés, animés par une même vision : celle d’une Afrique forte, prospère et émergente.
C’est ainsi que nous nous sommes envolés ensemble pour une aventure aussi enrichissante qu’inoubliable. (Bientôt, découvrez sur ce blog les portraits des cinq participants nigériens à cette première cohorte.)
Une fois sur place, nous avons eu l’impression de découvrir un autre univers. Entre l’architecture impressionnante et les vitrines des plus grandes marques, notamment Louis Vuiton, il y avait de quoi en prendre plein les yeux. Et, comme souvent dans ces moments-là, mes pensées se sont envolées vers une personne qui comptait beaucoup pour moi. Je me suis surpris à imaginer ses réactions : « J’aimerais ceci... et puis cela aussi... », fidèle à elle-même. Cette simple pensée a suffi à me décrocher un sourire 😀.
Émerveillés par cette architecture exceptionnelle et sans doute emportés par l’excitation de la découverte, nous n’avons tout simplement pas vu le temps passer. Lorsque nous avons enfin regardé l’heure, il nous restait moins d’une heure pour rejoindre l’aéroport. Une mission presque impossible, mais nous n’avions pas d’autre choix que de tenter notre chance. Après tout, peut-être que la réalité allait imiter les films.
Malheureusement, le scénario n’a pas eu la fin espérée, du moins pour nous les garçons du groupe. Par un concours de circonstances que je peine encore à expliquer, les filles de notre groupe ont réussi à embarquer, tandis que nous, les garçons, sommes restés devant la salle d'embarquement. Comme on dit chez nous, les choses commençaient plutôt mal.
Mais il fallait réagir rapidement. Pas question de se lamenter : il était temps de faire preuve de leadership, de sang-froid et de capacité d’adaptation. Une véritable course contre la montre s’est alors engagée entre les formalités à régulariser, les pénalités à payer et les appels au comité d’organisation pour les informer de notre situation.
Une fois toutes ces démarches accomplies, il ne nous restait plus qu’à prendre notre mal en patience et attendre le prochain vol à destination de Dakar.
Dimanche 29 mai 2016. Une nouvelle aube, un nouveau jour, et surtout le début d’une aventure qui allait marquer nos vies. Pour moi, comme pour tous ces jeunes venus des quatre coins du continent, c’était le moment d’apporter notre pierre à l’édifice et de contribuer à la construction d’une Afrique plus forte et plus durable.
Car j’en suis profondément convaincu : l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains, et c’est à nous qu’il revient de le bâtir. Peu importe d’où l’on part, avec de la vision, de l’engagement et de la détermination, il est possible d’aller loin.
Et comme un symbole de cette aventure qui commençait, le destin a voulu que nous arrivions à Dakar sans nos bagages. Une manière de nous rappeler, dès le premier jour, que l’essentiel n’était pas ce que nous transportions avec nous, mais ce que nous étions venus apprendre, partager et construire ensemble.
Nous y voilà enfin : la toute première édition du CRL YALI Dakar. Cinq semaines d’apprentissage, de découvertes, d’échanges et de défis nous attendaient. Malgré les difficultés qui pouvaient se dresser sur notre chemin, une chose nous unissait tous : notre engagement pour l’Afrique et notre volonté de contribuer à son développement.
Le même jour, à peine arrivés, nous n’avons eu droit à aucun répit. Quelques heures seulement après notre installation, et avec pour seuls effets personnels les deux T-shirts YALI qui nous avaient été remis, nous avons embarqué dans un bus en direction de Saly, la célèbre station balnéaire sénégalaise, pour une retraite d’intégration de trois jours.
L’aventure ne faisait que commencer.
Le lendemain matin, 98 jeunes leaders issus de 11 pays africains se sont retrouvés dans la salle Teranga de l’Palm Beach Framissima. Jusqu’alors, je pensais parfois que mes ambitions pour l’Afrique relevaient d’un idéalisme excessif. Pourtant, en regardant autour de moi, j’ai découvert 97 autres jeunes qui partageaient la même conviction : celle de faire de notre génération celle qui contribuera à transformer durablement le continent.
Ces trois jours passés à Saly ont été bien plus qu’une simple retraite d’intégration. Ils ont marqué la naissance d’une communauté soudée, fondée sur des valeurs communes, des rêves partagés et une volonté collective d’agir. Des liens forts se sont créés, et ensemble nous avons pris l’engagement de surmonter les obstacles qui se dresseront sur notre route afin de contribuer à bâtir l’Afrique dont rêvaient des visionnaires comme Léopold Sédar Senghor et Nelson Mandela : une Afrique unie, prospère et tournée vers l’avenir.
De retour à Dakar, nous avons assisté à la conférence d’ouverture animée par le Professeur Abdoullah Cissé sur le thème : « Pour une Afrique debout, quels leaders ? ». À travers cette intervention, il nous a rappelé les défis auxquels notre continent fait face, mais surtout la responsabilité qui incombe à notre génération. Une phrase a particulièrement retenu mon attention : « Vous devez être capables d’écrire votre propre histoire en tant que leaders. Lorsque l’histoire est écrite par d’autres, ce n’est plus votre histoire. La vraie histoire, c’est vous qui l’écrivez » Ces mots ont résonné en moi comme un appel à l’action. Au CRL YALI Dakar, nous n’étions pas seulement venus apprendre ; nous étions venus commencer à écrire notre propre histoire et, à notre manière, celle de l’Afrique de demain.
Les jours suivants, les participants ont été répartis dans les trois filières du programme YALI en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs parcours : Business & Entrepreneurship, Civic Leadership et Public Management.
Pendant quatre semaines, nous avons suivi une formation intensive mêlant cours, ateliers pratiques, visites de terrain et échanges avec des personnalités inspirantes. Nous avons eu le privilège d’apprendre auprès d’experts reconnus tels que le Professeur Moustapha Guirassy, ancien ministre et président de l’Institut Africain de Management (IAM), ou encore Aliou Sow, ancien ministre de la Jeunesse. Nous avons également rencontré des entrepreneurs comme Pierre N’Diaye, PDG de Mamelle Jaboot, dont le parcours démontre qu’avec de la vision et de la persévérance, il est possible de partir de rien et réussir.
À travers leurs témoignages et leurs expériences, tous nous ont transmis une même conviction : la jeunesse africaine a le potentiel de transformer le continent.
C’est avec beaucoup d’émotion que s’est achevée la formation de la première cohorte du CRL YALI Dakar. Après cinq semaines d’apprentissage, de partage et de vie commune, la cérémonie de remise des attestations avait un goût à la fois de fierté et de nostalgie.
Je ne m’attendais pas à ce que les adieux soient aussi difficiles. À peine le temps de connaître les autres, de créer des liens et de partager nos rêves pour l’Afrique, qu’il fallait déjà se séparer. Je suis arrivé à Dakar seul, dans ma petite bulle. Je repars avec bien plus que des connaissances : je laisse derrière moi une famille, des amis et des souvenirs qui m’accompagneront toute ma vie.
Le YALI m’a offert bien plus qu’une formation. Il m’a permis de rencontrer des jeunes exceptionnels avec qui je partage désormais une histoire commune : celle d’une génération déterminée à relever les défis de l’Afrique et à construire son avenir.
L’histoire continue...


